DHgate est depuis plusieurs années au centre d’un débat récurrent : la présence supposée de contrefaçons sur sa plateforme. Ce site chinois de commerce en ligne, souvent comparé à AliExpress, met en relation plus de 2 millions de vendeurs avec des acheteurs du monde entier. En apparence, il s’agit d’une marketplace généraliste qui permet d’acquérir à des prix très bas des produits de toutes catégories : vêtements, accessoires, électronique, cosmétiques ou encore pièces automobiles.
Mais derrière cette façade d’accessibilité, de nombreux experts du e-commerce et de la propriété intellectuelle alertent sur un problème récurrent : la vente d’articles qui enfreignent les droits de marques internationales. Entre copies de produits de luxe, électronique non certifiée et emballages trompeurs, DHgate soulève de réelles interrogations sur la fiabilité des vendeurs et sur le contrôle exercé par la plateforme elle-même.
Une plateforme de vente entre particuliers où les contrôles restent limités
Pour comprendre les risques de contrefaçon sur DHgate, il faut d’abord examiner son mode de fonctionnement. Contrairement à un site de vente directe, DHgate agit uniquement comme intermédiaire entre acheteurs et vendeurs indépendants. Ces derniers peuvent mettre en ligne des milliers de produits, souvent importés depuis différents fabricants chinois.
Le processus de validation est automatisé : la plateforme n’examine pas systématiquement la provenance, la marque ou la conformité des articles proposés. De ce fait, les vendeurs peuvent publier des annonces ressemblant à des marques connues, en modifiant légèrement les logos ou les noms.
Des experts en sécurité des achats en ligne, notamment ceux de l’Institut européen de la propriété intellectuelle (EUIPO), rappellent que cette absence de contrôle préalable facilite la circulation d’articles imitant des produits de grandes enseignes comme Nike, Apple, Louis Vuitton ou Samsung. Ces produits sont souvent proposés à des prix nettement inférieurs, parfois 70 à 90 % moins chers que ceux du marché officiel.
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Des signes révélateurs de contrefaçon que les acheteurs doivent connaître
Les professionnels du commerce en ligne soulignent plusieurs indicateurs typiques de contrefaçons sur DHgate :
- Prix anormalement bas : un article « de marque » vendu 15 € au lieu de 150 € est souvent une copie.
- Photos officielles détournées : de nombreux vendeurs réutilisent les images publicitaires des marques d’origine sans autorisation.
- Descriptions floues : les termes comme “inspired by”, “replica”, “style luxury” ou “1:1 quality” indiquent généralement un produit contrefait.
- Absence de certificat CE : les appareils électroniques vendus sur DHgate ne respectent pas toujours les normes européennes de sécurité.
Selon une étude réalisée par le China E-Commerce Research Center, près de 38 % des produits vérifiés sur DHgate en 2023 présentaient des caractéristiques assimilables à des contrefaçons : absence de marquage, logo modifié ou emballage non conforme.
Les experts en droit de la consommation mettent en garde contre les risques juridiques
Acheter une contrefaçon, même sans intention de revendre, constitue une infraction en France et dans l’Union européenne. La douane française peut saisir les colis provenant de plateformes comme DHgate si un soupçon de contrefaçon existe. En cas de saisie, l’acheteur s’expose à :
- La confiscation immédiate du produit,
- Une amende pouvant atteindre deux fois la valeur du bien authentique,
- Et, dans les cas les plus graves, une poursuite pénale pour détention de marchandise contrefaite.
En 2024, les autorités douanières européennes ont d’ailleurs publié un rapport soulignant que plus de 20 % des saisies de produits contrefaits provenaient de plateformes asiatiques, dont DHgate faisait partie des plus citées.
Les produits concernés sont principalement :
- Les chaussures de sport imitant Nike ou Adidas,
- Les montres et bijoux de luxe faussement estampillés Rolex ou Cartier,
- Les smartphones et accessoires électroniques non certifiés,
- Les vêtements griffés avec logos contrefaits.
Les témoignages d’utilisateurs confirment les inquiétudes
Sur des forums comme Reddit, 60 Millions de Consommateurs ou Trustpilot, les internautes évoquent fréquemment des commandes de produits de marque reçues sans logo, dans des emballages anonymes ou présentant des finitions de mauvaise qualité. Certains relatent avoir reçu des articles clairement contrefaits : baskets portant un faux logo, écouteurs affichant le nom d’une marque inexistante ou parfums avec une étiquette mal imprimée.
D’autres utilisateurs indiquent que le service client de DHgate reste passif face à ces signalements, se contentant de proposer un remboursement partiel sans retirer l’annonce concernée. Cela alimente le sentiment que la plateforme ferme les yeux sur ces pratiques tant que les ventes restent actives.
Les mesures annoncées par DHgate pour lutter contre les contrefaçons
Face aux critiques, DHgate affirme avoir mis en place un programme de vérification des vendeurs baptisé DHport Verified Supplier. Ce dispositif est censé identifier les entreprises fiables et leur attribuer un badge de confiance.
Le site dit également collaborer avec plusieurs bureaux de propriété intellectuelle pour retirer les produits signalés comme frauduleux. Cependant, ces initiatives restent insuffisamment appliquées selon les experts. De nombreux vendeurs suspendus reviennent sous d’autres noms, et la suppression des annonces frauduleuses prend souvent plusieurs semaines.
En 2025, DHgate aurait déployé un système d’analyse automatique des annonces capable de repérer certains mots-clés associés à la contrefaçon. Néanmoins, ce filtre repose sur des algorithmes encore trop basiques pour identifier toutes les variantes linguistiques utilisées par les vendeurs.